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Cette semaine:   Kim Lan, centre de céramique antique au bord du fleuve Rouge


Originalité:
  
Un centre de céramique antique vient d'être mis au jour, au bord du fleuve Rouge, avec des objets datant du VIIe au XVIIIe siècle. L'exploit revient aux habitants de la commune de Kim Lan, située à une dizaine de kilomètres de Hanoi.

Monnaies de bronze, morceaux de briques, bouts de tuiles, objets et parties d'objets en céramique ou en grès... Ce trésor hétéroclite a été constitué peu à peu entre 2001 et 2003, lors des fouilles archéologiques menées par le Musée d'Histoire du Vietnam, l'Institut d'archéologie et un groupe d'archéologues japonais à Kim Lan, une commune du district de Gia Lâm (Hà Nôi).

Les archéologues vietnamiens et japonais ont tranché : le site remonte au VIIe siècle, avec des objets témoins des époques successives, jusqu'au XVIIIe siècle.

Ces premières estimations archéologiques ont permis de dresser le plan d'anciens centres de céramique au bord du fleuve Rouge. Parce que Kim Lan a pour voisin le village de Bat Tràng, centre de céramique du Nord du pays. Ce village de métier artisanal possède une variété de kaolin très fin, qui a fait sa réputation depuis la période des dynasties des Ly et Trân, du XIe au XIVe siècle.

Le village de Kim Lan, avec sa maison communale et ses 4 temples, n'a jamais autant intéressé ses habitants. Un groupe de 5 retraités du pays a décidé, en 1999, de se pencher sur le passé du village. Les textes anciens préservés dans les vieux monuments de Kim Lan et le registre villageois en particulier, rédigé en 1472 par le grand lettré Nguyên Binh, ont trouvé une seconde vie. On apprend ainsi que le nom de "Kim Lan" existe depuis le IXe siècle, époque de la construction de la citadelle Dai La (ancien nom de Hanoi).

Mais l'histoire de Kim Lan est depuis toujours étroitement liée aux légendes populaires. La fondation du village est indissociable de l'histoire du pauvre paysan Chu Dông Tu et de la princesse Tiên Dung, inscrite à l'époque des rois Hùng (l'époque correspond à celle du premier État de la nation vietnamienne) et de la culture de Dông Son (1er millénaire av. J.-C.). D'autres récits traditionnels relient encore la naissance du village de Kim Lan au soulèvement des Soeurs Trung (vers 40-43 apr. J.-C.).

Nombre de vieux villageois ont collecté objets et fragments de céramique recueillis au bord du fleuve Rouge. Fier représentant de ce groupe de passionnés, le septuagénaire Nguyên Viêt Hông a commencé à collectionner les objets antiques de son village en 1996, après avoir racheté à des enfants du village un bol plein de monnaies anciennes. Cet homme, aujourd'hui retraité, travaillait pour un atelier de céramique de Bat Tràng, le village voisin. En 2000, il s'adressait au Service de la culture et de l'information de Hanoi pour demander une intervention professionnelle d'enquêtes archéologiques au village.

Trois ans d'études ont permis aux archéologues vietnamiens et japonais de livrer, début 2005, des estimations capitales. De nombreux fragments de céramique sont déformés, comme sous l'effet d'un four trop chaud, et des résidus du four ont été retrouvés sur les objets, ce qui prouve qu'ils ont été produits sur place. Pourtant, un mystère subsiste. Nulle trace de four… L'archéologue japonais Nishimura Masanari, du Centre d'études culturelles et d'échanges Vietnam-Japon, s'avance : "Les vestiges de fours au Vietnam se trouvent généralement au bord des fleuves. S'il y avait un four sur le site de Kim Lan, il a dû se situer au bord du fleuve Rouge. Et être emporté…"

Autre information précieuse, les fragments de bols et de tasses retrouvés à Kim Lan sont identiques à certains objets trouvés aux Philippines et en Indonésie. Et un modèle de petite vase déterré à Kim Lan a été retrouvé à l'identique et en grande quantité sur une épave gisant depuis 500 ans au large de l'île de Chàm (province de Quang Nam, Centre). Ce qui permet aux archéologues vietnamiens et japonais de dire que les céramiques de Kim Lan étaient exportées à l'étranger.

Aujourd'hui, une partie des objets trouvés à Kim Lan est exposée au Musée d'Histoire du Vietnam. Mais une grande quantité d'objets reste chez le villageois Nguyên Viêt Hông. La collection de cet ancien artisan compte plus de 2000 pièces, des fragments de 2 cm à 30 cm de diamètre, en tous genres : bols, tasses, assiettes, vases, cruches, brûle-parfums, statues de Bouddha, têtes de dragon..

Nguyên Viêt Hông s’est exercé à reproduire les motifs de certains objets antiques. "Impossible d'imiter ces objets, l'émail et les couleurs étant inouïs", dit-il. Ces secrets de céramistes datent d'il y a plusieurs siècles. Il faudra beaucoup de temps pour atteindre la perfection de ces techniques sophistiquées". Pour ce vieil artisan, ces objets précieux brillent d'une "valeur spirituelle". "C'est la quintessence du métier que nos ancêtres nous ont transmise. Nous avons le devoir de la préserver. En vendant ces antiquités, nous commettons une faute grave envers nos ancêtres et nos descendants. Car ces objets permettront à la jeune génération de Kim Lan de connaître leurs racines". Le souhait de Nguyên Viêt Hông est de voir l'ouverture d'un petit musée dans sa commune. La construction est lancée, grâce aux dons de l'ambassade du Japon au Vietnam, de quelques députés et scientifiques japonais. Fin 2007, les donateurs du pays du Soleil-Levant ont offert 25 000 dollars aux villageois, contribuant à la construction du futur musée qui devrait s'achever en 2010.

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