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"On pense à l’Oncle Hô à chaque retour du printemps"

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Des fois, dans une vie de fonctionnaire, nous procédons à une besogne somme toute assez banale : la déclaration de nos biens, ce qui nous donne l’occasion de nous lamenter sur notre propre sort. Pourquoi la richesse nous échappe-t-elle encore et toujours ? Et puis, nous nous rassurons vite. Il suffit de songer aux autres pour comprendre qu’il y a toujours plus pauvre que nous. 

Même un paysan qui a les mains et les pieds toujours barbouillés de boue et qui se trouve en bas de l’échelle sociale possède toujours un jardin potager, une mare, ou au moins un porc, de la volaille… Il a toujours quelque chose. 
 
Il n’y a qu’un seul homme qui n’ait jamais rien possédé. Cet homme, c’est l’Oncle Hô, le président Ho Chi Minh.
 
L’inventaire de ses biens matériels est bien vite expédié : une veste kaki, une paire de sandales en caoutchouc, un éventail en feuille de palmier… Et pour ce qui est des médailles ou des décorations, l’Oncle n’en possédait aucune, même pas un satisfecit.
 
Sa vie privée aussi, n’est qu’ascèse. Vu Ky, son secrétaire personnel, raconte qu’une nuit, alors que les lumières étaient déjà éteintes, on entendait toujours la radio dans la chambre de l’Oncle. Croyant qu’il dormait déjà, Vu Ky s’est approché à pas de loup pour éteindre la radio. Et l’Oncle de lui dire : “N’éteignez pas... Laissez comme ça pour qu’on entende des voix d’hommes ou de femmes dans ma chambre.”
 
Quel bonheur, et quel honneur, pour la Voix du Vietnam d’avoir ainsi été le compagnon de l’Oncle dans ses moments de solitude !   
 
Il était donc l’un des hommes les plus pauvres de son pays, ce qui ne l’a pas empêché de nous laisser un héritage colossal. Il nous a donné l’indépendance, nous a légué une oeuvre révolutionnaire rayonnante et continue de nous inspirer par son mode vie noble et pur.  
 
Toute sa vie durant, l’Oncle s’est préoccupé des pauvres et des travailleurs. N’a-t-il pas d’ailleurs nommé le Parti “Parti des travailleurs du Vietnam” ? Il consacrait l’essentiel de ses revenus à offrir des cadeaux aux plus pauvres. 
 
A chaque nouvel an lunaire, c’est dans les foyers les plus démunis qu’il se rendait pour présenter ses voeux.      
 
Ses visites étaient souvent gardées secrètes. Les autorités locales n’étaient pas prévenues, histoire qu’il n’y ait ni accueil pompeux, ni médiatisation. La plupart du temps, l’Oncle Ho n’était accompagné que par le fidèle Vu Ky qui nous rapporte cette anecdote qui suit.
 
Une travailleuse qui vivait dans une petite ruelle devait travailler péniblement pour transporter de l’eau pour le compte d’autrui, y compris au moment du Têt. Chez elle, l’autel des ancêtres restait vide, il n’y avait même pas de banane ou de gâteau de riz gluant.
 
On imagine dès lors quelle a été sa stupeur lorsqu’elle a vu apparaître l’Oncle Ho dans sa masure misérable. “Jamais je n’aurais pensé que vous me rendriez visite”, lui a-t-elle dit. “Et si ce n’est à toi, à qui rendrai-je visite?”, lui a-t-il répondu. Et les deux d’éclater en sanglots, submergés par l’émotion. D’après Vu Ky, c’était l’un des derniers Têt de l’oncle Ho.  
 
Le peuple était pauvre, et l’Oncle Ho vivait dans l’austérité. Ses repas étaient ceux d’un paysan pauvre, de même que ses vêtements, y compris lorsqu’il recevait des hôtes internationaux. Un cadre s’en était d’ailleurs ému : “Mon Oncle, vous représentez le Parti et le peuple. A vous voir dans une mise aussi modeste, nos hôtes vont penser que nous ne prenons pas soin de vous…”  
 
Et l’Oncle de sourire calmement : “Je vis comme ça et en bas vous vous livrez encore à des extorsions contre le peuple. Et si je vis dans le luxe, vous allez tout ravir au peuple ?”
 
Le mode de vie de l’Oncle Ho est exemplaire à plus d’un titre, notamment pour les cadres. Même en période de guerre, alors que le pays était en pleine tourmente, le peuple est resté calme et serein. Dans les rues, on ne craignait pas le pillage. Il n’y avait ni corruption, ni   prostitution. L’atmosphère était des plus saines, comme par sa bienveillance, l’Oncle avait étendu son voile protecteur sur le pays tout entier.
 
Jusqu’au bout, l’Oncle Ho se sera dévoué au peuple. Dans son testament, sa vie privée n’est que peu évoquée. Et pour ce qui est de ses funérailles, il les voulait modestes, “pour ne pas gaspiller l’argent et le temps du peuple”, a-t-il écrit.   
 
Nous nous efforçons d’étudier et de suivre l’exemple moral et la pensée de Ho Chi Minh. Mais quelle est la pensée de Ho Chi Minh ? J’ai aussi suivi des cours. Il existe pas mal de définitions, pas mal aussi de conceptions imposées et subjectives. 
 
Pour ce qui est de la pensée de Ho Chi Minh, peu de personnes ont su disserter de manière aussi intéressante et précise que l’ex-secrétaire général du Parti Dô Muoi. Il l’a fait au siège de l’association des écrivains pendant quatre heures de suite.
 
Parlant de la pensée de Ho chi Minh, Dô Muoi a proposé une définition brève mais assez précise : “Qu’est que c’est que la pensée de Ho chi Minh ? C’est la vietnamisation de toutes les pensées les plus avant-gardistes et les plus intéressantes de l’humanité !”.
 
Autre point sur lequel il y a beaucoup d’enseignement à tirer de l’Oncle : l’art de comprendre et d’utiliser les hommes.  
 
En 1941, l’Oncle a peint une image avec un clairon, le chiffre 1945 et ce vers, prophétique: “Le Vietnam independant fera résonner le clairon”. C’est exactement ce qui s’est passé par la suite.  Dès 1941, l’Oncle, visionnaire, avait su prédire le jour de l’indépendance, comme il l’a fait ensuite pour la libération de Saigon. Le soir du 30 avril 1960, dans son discours en l’honneur de la Journée internationale du Travail lu à l’Opéra de Hanoi, il existe une ligne qui a été barrée, mais que l’on peut encore lire au musée Ho Chi Minh : “… Au plus tard dans 15 ans, notre pays sera réunifié, nos compatriotes du Nord et du Sud seront réunis sous le même toit…”
 
“ Dans 15 ans …” à compter de 1960, cela nous mène à 1975, très précisement.  Beaucoup de gens accordent des vertus quasi-prophétiques à l’Oncle Ho qui a excellé dans l’art de mener les hommes. En 1946, ayant de quitter le pays, il a confié le gouvernement du pays à Huynh Thuc Khang en lui recommandant de s’en tenir aux principes immuables et de rester souple pour faire face aux évènements. Pour un lettré érudit comme Huynh, cette recommandation était   suffisante.
 
On peut d’ailleurs s’étonner de voir qu’à l’une des périodes les plus critiques de l’histoire du pays, l’Oncle ait choisi de confier le pouvoir à une personnalité qui n’était pas membre du Parti, en l’occurrence Huynh Thuc Khang. Pour surprenante qu’elle ait été, cette décision n’en était pas moins audacieuse et en tout cas nécessaire à un moment où il fallait garantir la cohésion de la nation en réunissant aussi largement que possible. Beaucoup de personnes, ainsi appelées à servir, ont su faire preuve d’abnégation.
 
L’Oncle utilisait les hommes avec beaucoup de tact. Les cadres qu’il a choisis, auxquels il a confiés des tâches sont tous devenus tous des figures brillantes de l’histoire du pays.
 
Je songe en particulier au général Vo Nguyên Giap. Quelle force d’intuition a-t-il fallu à l’Oncle Ho pour décéler le génie stratégique chez ce professeur d’histoire qui n’était pas passé par aucune académie militaire !
 
L’Oncle lui a confié l’armée, puis l’a promu directement général, en lui laissant le pouvoir de décider pour tout ce qui relevait des questions militaires : “Vous êtes général au front, à vous de décider ce qui vous semblera nécessaire et de me le rapporter après”. 
 
La suite a montré à quel point ce choix avait été judicieux. Vo Nguyên Giap a su faire preuve d’un véritable génie militaire, devenant ainsi le lointain mais ô combien digne successeur de Tran Hung Dao, Ly Thuong Kiêt ou Quang Trung.
 
Selon la journaliste américaine Lady Borton,  une fois, certains de ses collègues français avaient interrogé l’Oncle à ce sujet précis : “Monsieur le Président, vous avez promu directement général M. Giap,  suivant quelle norme ?” 
 
Et l’Oncle de répondre : “Notre pays est celui des guérilleros. Nous combattons l’agresseur par la guérilla, alors la promotion des généraux se fait aussi suivant le mode de la guérilla. Le général Giap a vaincu des généraux français prestigieux, il mérite pleinement son titre !”. La réponse, celle du berger à la bergère, a déclenché un accès d’hilarité générale, dit-on !  
 
Ainsi est notre Oncle ! Capable mieux que tout autre de ramener les choses à leur vraie dimension, comme seuls les sages peuvent le faire.
 
http://vovworld.vn/fr-CH/Au-gre-de-la-plume/On-pense-a-lOncle-Ho-a-chaque-retour-du-printemps/70287.vov
 
 

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