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Cyclo de Saïgon

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Cyclo de Saïgon

Cyclo de Saïgon
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La vie quotidienne du cyclo de Saïgon

Coolie monté d’un échelon social, le cyclo-pousse de Saïgon est appelé communément « cyclo ». De manière plus lapidaire encore, on crie « clo », quand on le hèle dans les rues ombragées, où il évolue sans bruit, muet, en un glissement furtif, comme un poisson dans un bocal. Le cyclo, est un personnage séduisant, pourvu qu’on se donne la peine de le regarder d’un peu près. Coiffé d’un feutre délavé, d’un casque colonial vermoulu ou d’une serviette-épouge roulée en turban, il porte une chemisette souvent usée jusqu’à la corde, déchirée, trempée de sueur. Un caleçon noir laisse apparaître de longues jambes brûlées de soleil et musclées. Les jours de grande pluie, il s’en va torse nu, de l’eau jusqu’à mi-roue quand la ville est pour une heure inondée. Alors, il rit aux éclats sous l’averse, il interpelle joyeusement ses collègues, tançant les automobilistes frappés de paralysie parce que le moteur de leur véhicule est noyé : le cyclo, lui, ne s’arrête jamais. En fait, le cyclo est le roi du pavé, un roi incontesté qui, sous l’écrasante chaleur du onzième parallèle, fait la loi. La rue est à lui, piétons et automobilistes n’ont qu’à bien se tenir, quand il franchit les carrefours en grand fantaisiste. Chaque homme ou femme qui passe est une proie possible pour le cyclo. Quand il maraude, il paraît dormir au sommet de sa selle. D’un pied seulement, il appuie sur la pédale de son engin. Mais l’œil, son petit œil noir et pétillant, incrusté dans l’amande de son orbite, est aux aguets. On dirait un serpent guettant sa victime.


Il sonde la foule, provoque le passant pressé ou exténué, d’un mouvement imperceptible de la paupière, ou d’un grand geste de la main. Trois fois sur dix, le client mord à l’appel et se laisse choir mollement sur la banquette. Alors le cyclo ressuscite. Une vigueur insoupçonnée se répand soudain dans ses membres. Son impétuosité est telle qu’avant de connaître le but de sa course, il roule déjà bon train, droit devant lui. Il est si rapide…que la plupart des accidents de la circulation lui sont imputables ou imputés.


En principe, chaque cyclo doit être titulaire d’un permis de conduire, délivré par la police municipale, après un examen portant sur la connaissance sommaire des règles de la circulation en ville et sur le maniement de la machine. Dans la pratique 30% seulement des cyclos sont titulaires de ce permis. Les entreprises qui mettent au point d’honneur à n’embaucher que des titulaires du permis sont la minorité. Le cyclo est si zélé que les clients français peu familiarisés avec la topographie saïgonnaise font souvent le tour de la ville avant d’atteindre le but de leur voyage qui se trouvait à cent mètres de leur point de départ. Le malentendu est fatal : un quart seulement des 6.500 cyclos de Saïgon comprennent le français. Pour faire un bon cyclo, il faut une résistance de cheval. Le cyclo accomplit un véritable travail de force, bien que le développement de sa machine soit très faible, plus faible que celui d’une bicyclette, puisqu’il se décompose en vingt-deux dents à l’arrière pour trente-deux dents sur le plateau avant. Pour se maintenir en forme, le cyclo s’arrête quatre, cinq ou six fois par jour à la table des gargotiers ambulants, où il trouve, dans la soupe chinoise et le riz, la base de son alimentation, une sève nouvelle. Le cyclo peut, à certains points de vue, être considéré comme un tâcheron. Il loue son véhicule à un entrepreneur pour une somme qui selon les entreprises, varie de 18 à 21 piastres par jour. Naturellement, il n’est astreint à aucune limitation de durée dans son travail. Libre à lui de faire des heures supplémentaires, ou de prolonger les stations au bar-pressoir à canne à sucre ou au restaurant ambulant.


Aussi, l’évaluation exacte du gain quotidien d’un cyclo est-elle difficile à faire. Tout dépend de son ardeur au travail ; à cela s’ajoute que certaines journées sont plus payantes que d’autres, surtout en saison des pluies. Les chiffres cités ne peuvent avoir qu’une valeur d’appréciation. On peut estimer néanmoins qu’un bon cyclo gagne de 50 à 60 piastres par jour. Le problème se complique lorsque l’on fait entrer en ligne le « clandestin ». Il est, en effet très fréquent que le cyclo, après avoir loué une machine à un entrepreneur, se livre lui même aux joies spéculatives de la sous-location. Il arrive même que le sous-locataire reloue à nouveau la machine qu’il a sous-louée pour un après-midi. Evidemment, la marge bénéficiaire diminue à chaque opération, mais tout le monde s’y retrouve. On estime de la sorte que les 6.500 cyclos de Saïgon-Cholon-Gia Dinh font vivre près de 12.000 cyclos-pédaleurs, professionnels et amateurs. Dans la lutte pour la vie, le cyclo s’approprie ses clients, purement et simplement. Il prend d’autorité une option sur leurs déplacements, repère leur adresse, note leurs heures de sortie et s’ingénie à écarter les concurrents, qui ont d’ailleurs le respect de ce genre de mainmise sur la clientèle.


A l’égard des clients qu’il a adoptés, le cyclo a des attentions touchantes. Si le parcours est mauvais, c’est plutôt fréquent, il évite avec soin les ornières. Pris dans un embouteillage, il réclame la priorité avec énergie. Il va jusqu’à faire crédit, lui qui ne gagne guère, en définitive, que 20 piastres par jour.  Nombre de cyclos gardent leur machine chez eux, la nuit. Quand ils ont un « chez eux ». Autrement, ils couchent dans la machine ou à côté d’elle, par terre ou sur un lit Picot, dans la rue.


Pierre Coupeaud - Un industriel de Pnom Penh inventeur du cyclo-pousse

On le vit apparaître pour la première fois à Pnom Penh en 1937.

Le créateur du véhicule un industriel, Pierre Coupeaud, était un Charentais d’origine domicilié à Pnom Penh.

Sportif et tenace, il dut batailler ferme pour faire reconnaître son enfant par « l’état-civil » en l’occurence les Travaux Publics. Le ministère ne donna son agrément définitif pour l’utilisation de ce moyen de locomotion intrépide qu’après avoir confié le nouvel engin à des vélocipédistes chevronnés, Speicher et Le Grevès, héros du Tour de France. Des essais eurent lieu à Paris dans les larges allées du Bois de Boulogne. Finalement, les champions félicitèrent l’ingénieux Charentais. On baptisa le prototype au Pineau des Charentes, comme il se devait. La capitale du Cambodge enfin donna droit de cité au cyclo-pousse.


A la conquête de Saïgon

Bientôt Pierre Coupeaud partit à la conquête de Saïgon. En 1939, il s’en fut en cyclo-pousse, piloté par deux coolies se relayant. Il mit dix-sept heures vingt trois minutes pour abattre les deux cents kilomètres qui séparent les deux capitales. Son arrivée fut des plus spectaculaires, au beau milieu d’une course cycliste. Malgré le succès qui s’annonçait, le maire de Saïgon, bien que convaincu de la solidité du matériel, voulut à son tour faire preuve de prudence. A titre d’essai, il commença par autoriser la mise en service de vingt cyclos. Les chroniqueurs locaux commentèrent longuement et favorablement sur l’avenir de ce nouveau mode de transport. Un Vietnamien Bay Vien (le maître de Cholon) et un Français Maurice avait le monopole du cyclo autour du Marché de Cholon avec plus de 30 cyclos. En fait, le cyclo-pousse mit dix ans pour éliminer l’antique pousse-pousse ou rickshaw. Le chiffre de 6.500 cyclos paraît faible, si l’on songe que la région de Saïgon-Cholon à elle seule compte un million sept cent mille habitants. Mais les spécialistes de la question, en l’occurence les entrepreneurs de cyclos, affirment que l’équilibre entre l’offre et la demande est atteint, et qu’il n’y a pas lieu de jeter de nouveaux appareils sur le marché. Les cyclos, à qui les lois élémentaires de l’économie politique sont parfaitement perceptibles, estiment de leur côté qu’ils sont assez nombreux . A cela s’ajoute que le recrutement de cette main d’œuvre particulière est devenu maintenant assez difficile.


L’arrivée du cyclomoteur

Les jeunes ont en effet trouvé mieux que le cyclo : son dérivé direct, le cyclo moteur. D’ores et déjà la lutte est engagée entre les deux engins rivaux. Mille huit cents cyclo-moteurs affrontent aujourd’hui les 6.500 cyclos. Ils ont pour eux l’avantage de gagner sur les distances, mais on leur reproche leurs pétarades intolérables. La journée du cyclo-moteur se termine trop souvent à Cholon, autour des tables de jeu. Un démon entraîne l’homme vers le fallacieux mirage de la fortune. Jusqu’à une heure avancée de la nuit, il épie la chance avec la même patience qu’il met à guetter le client. Si le client vient fréquemment, la chance, elle, se fait tirer l’oreille. Trop souvent, les 20 piastres durement gagnées passent dans la main du croupier. Mais on aurait tort de croire que le jeu est la perdition de tous les cyclos. Certains sont des « petits bourgeois » rangés, qui se préoccupent de l’éducation de leur progéniture, tel ce cyclo dont la fillette poursuit ses études dans un lycée de Saïgon. Pour elle, au moins, la sueur paternelle n’est pas stérile…

 

Article du journal « Indochine Sud-Est Asiatique », numéro 5 d’avril 1952.

 

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