Babylift (avril 1975) "un sauvetage" controversé

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Babylift (avril 1975) "un sauvetage" controversé

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une opération militaro- Humanitaire américaineLes bébés de l’opération Babylift ont grandi et reviennent au Vietnam

Avril 1975, il y a 40 ans: Fin de la guerre du Vietnam. Lors du départ des américains, suite à l'avancée des troupes du GRP  et de celles du Nord Vietnam, "des départs" d'enfants par centaines vers les Etats Unis ou l'Europe, des bébés pour la plupart, sont organisés par l'armée américaine sous couvert humanitaire et ce, non sans susciter de nombreuses polémiques ... En effet, aucun dossier n'est vraiment à l'étude et personne ne peut garantir que ces enfants n'aient vraiment plus de famille. De plus, l' argument principal consistant à affirmer qu'ils seront plus heureux à l'étranger ne repose que sur des considérations politiques... L'opération tourne au désastre lorsque le premier avion chargé de la mission, un C-5 Galaxy, est victime d'une avarie. La porte arrière est arrachée, aspirant plusieurs passagers dans le vide. Le pilote décide de se poser en urgence mais rate sa manoeuvre. L'avion  s'écrase dans une rizière, provoquant la mort de plus de 150 personnes dont  la plupart  "des orphelins".
Alors, "sauvetage" ou "enlèvement" ? Les réponses divergent encore bien sûr mais ce qui est certain, c'est qu'en 2015, une telle situation ne pourrait se reproduire, sauf à  prendre pour nom "l'arche de Zoé" avec condamnations officielles...(voir dossier libération )


 

une opération militaro- Humanitaire américaine

Pendant la guerre du Viêtnam, la mobilisation humanitaire des occidentaux s’exprime notamment par la volonté d’extirper du pays en guerre des enfants innocents. En avril 1975, alors qu’ils perdent la guerre, les Américains mènent Operation Babylift dont l’objectif est de faire sortir un grand nombre d’enfants du pays en passe de devenir communiste. Des associations françaises participent à cette évacuation marquée par le tragique accident du premier avion décollant de Saigon. Au total 120 enfants arrivent en France, près de 2000 aux États-Unis. Alors que l’épisode est peu connu en Europe, outre-Atlantique la mémoire du Babylift est entretenue par les familles adoptantes et les adoptés eux-mêmes qui présentent l’opération comme une victoire. 

En avril 1975, alors que la République Démocratique du Viêtnam est en passe de gagner la guerre 1, les États-Unis déclenchent Operation Babylift dont le but est d’évacuer le plus grand nombre possible d’enfants de Saigon. Pour les Américains, il ne saurait être question de laisser aux mains des vainqueurs communistes les métis amérasiens nés de pères soldats américains et de mères vietnamiennes. Les enfants vietnamiens en cours d’adoption par des occidentaux sont également concernés par cette évacuation qui prend la forme d’une opération militaro-humanitaire. Après des hésitations, la diplomatie française autorise des œuvres d’adoption qui travaillent au Viêtnam depuis les années 1960 à participer au Babylift, des dizaines d’enfants sont donc adoptés en France grâce à cette opération. 

Cette contribution vise à préciser les rôles des différents protagonistes occidentaux de l’opération conçue dans le but de soustraire des enfants vietnamiens aux malheurs de la guerre et de l’après-guerre communiste. En effet, le Babylift interroge autant la pratique diplomatique des États en temps de guerre que les actions des ONG au début du «second siècle de l’humanitaire»2

 

Alors que l’épisode est peu connu en France, il existe aux États-Unis une histoire et une mémoire de l’opération que nous essaierons de décrypter.

Les sources mobilisées sont diverses et de natures très différentes. Les archives du Quai d’Orsay (plusieurs fonds du Centre de la Courneuve et du Centre des Archives Diplomatiques de Nantes) et des autres ministères (Archives Nationales, site de Fontainebleau) sont riches. Pour la plupart, elles ont été consultées après l’obtention de dérogations. Les archives d’associations (Terre des Hommes-France notamment), la presse écrite et audiovisuelle (INA) sont des sources complémentaires indispensables. Les ressources en ligne (archives officielles, iconographie) et les témoignages publiés sont très nombreux du côté américain mais ces dernières publications sont à aborder avec précaution. Enfin des sources orales constituées le cadre d’une étude plus large sur l’histoire de l’adoption internationale 3 permettent d’entendre la parole des intermédiaires, des adoptés et des parents français.

 LES OCCIDENTAUX AU SECOURS DES ENFANTS DE LA GUERRE DU VIÊTNAM

Les années 1960 voient apparaître dans les pays occidentaux des associations dont l’objectif prioritaire est de sauver des enfants victimes du sous-développement et de la guerre.

Le Suisse Edmond Kaiser (1914-2000) est entièrement mobilisé pour les enfants qui souffrent, où qu’ils soient dans le monde. L’adoption lui apparaît comme un moyen efficace d’agir, une solution définitive au problème posé par l’enfance en détresse. Enfants perdus des guerres, enfants face à la famine, enfants malades et enfants handicapés concentrent toute son attention. Ainsi, à Lausanne, est créée l’association Terre des Hommes: «mouvement de combat et d’intervention immédiate et directe au secours de l’enfance meurtrie» 4

L’association Terre des Hommes France (TDH-F) est créée en 1962. « L’accueil à vie» conçu par Terre des Hommes se définit ainsi: «l’enfant, jusqu’à sa majorité, conserve son nom, sa nationalité, sa religion d’origine. Ce n’est qu’à 21 ans qu’il lui appartiendra de choisir et d’être adopté si tel est son désir» 5

En fait, et dans le cadre de la loi de 1966 réformant l’adoption, presque toutes les familles d’accueil entament très vite une procédure d’adoption plénière de l’enfant accueilli. Né dans le contexte de la guerre d’Algérie, le mouvement Terre des Hommes fait porter toute son attention sur les pays en guerre, et en premier lieu le Viêtnam.

En 1967, trois premiers enfants vietnamiens sont placés dans des familles françaises en accueil à vie. L’année suivante, ils sont déjà 41 à être extirpés du Viêtnam en guerre ; au total, en 1968, le consulat de France à Saigon délivre 92 visas pour des enfants vietnamiens 6

Marie-Jeanne (Minnie) Galozzi voulant faire quelque chose pour les enfants malheureux rencontre Edmond Kaiser, «un homme hors normes, passionné jusqu’au bout». La «révolte contre la souffrance des enfants» qu’il exprime en parlant de la guerre du Viêtnam la convainc de s’engager. Elle entre donc à TDH-F et participe à différentes missions et actions dans ce pays 7.

Les reportages diffusés dans le cadre des actualités télévisées, les photos insoutenables d’enfants brûlés par les bombardements au napalm, les cris désespérés d’un Bernard Clavel inspiré par Edmond Kaiser contribuent aussi largement à mobiliser les occidentaux contre la guerre du Viêtnam8

Á Saigon, Jeanne Lê Tân, Française mariée à un Vietnamien et employée contractuelle à l’ambassade de France, prend contact avec Terre des Hommes et propose de «sortir de la misère le plus grand nombre d’enfants possible»9

Face à l’augmentation du nombre de départs d’enfants, les autorités de Saigon s’émeuvent à la fin de 1968 10.

Un délai plus long de traitement des dossiers est imposé afin d’empêcher les convois groupés trop visibles et trop susceptibles de provoquer des réactions hostiles de la population. Une circulaire du gouvernement précise: «Envoyer des orphelins à l’étranger pour y être élevés jusqu’à leur majorité, sans se préoccuper de ce qui leur adviendra ensuite, est non seulement en contradiction avec l’esprit de nos lois, mais peut aussi porter atteinte au prestige national». Au printemps 1970, une cinquantaine de dossiers français est en attente, le Premier ministre vietnamien tenant à viser personnellement toutes les demandes à destination de la France, «en raison de départs clandestins qui ont été décelés par les services de la sûreté vietnamienne au cours de l’année 1969». Des candidats français à l’adoption saisissent leurs députés qui répercutent leurs frustrations au plus haut niveau, comme par exemple William Jacson, député de Meurthe-et-Moselle, qui en 1970 écrit au ministre des Affaires étrangères pour demander l’accélération de la procédure d’adoption.

Sollicité, le consul général de France à Saigon invite à la plus grande prudence, la question étant délicate car éminemment politique 11.

D’autant que des expatriés français, comme Jeanne LêTân, participentà ce qu’ils considèrent comme un sauvetage d’enfants mais sont vus avec suspicion par de nombreux Vietnamiens. Á chacun de ses voyages en France, elle accompagne jusqu’à neuf enfants, jamais moins de quatre12

En 1973, Terre des Hommes-France fait venir une cinquantaine d’enfants vietnamiens13

Au cours de l’année 1974, 600 enfants arrivent en France pour y être adoptés via Terre des Hommes et d’autres associations: le Comité de Marseille de l’Œuvre de l’adoption et Le Rayon de Soleil14

Les événements militaires du début de l’année 1975, favorables aux armées nord-vietnamiennes, provoquent un véritable déferlement de demandes d’adoptions d’enfant sud-vietnamien, «parfois pour lui sauver la vie, souvent pour l’arracher aux griffes du communisme». Le Quai d’Orsay et les œuvres sont débordés et Le Figaro s’étonne que «pour une famille française recevoir un bébé vietnamien est presque aussi difficile que d’adopter un petit Français»: vérification de l’adoptabilité, procédure juridique, attestation de la DDASS, visa de sortie du Viêtnam, visa d’entrée en France15

Mais l’activité la plus importante dans le domaine de l’adoption déployée par les occidentaux est le fait de grandes agences d’adoption américaines officiellement agréées par le gouvernement vietnamien:

Holt International Children’s Services(Holt), Traveler’s Aid-International Social Services of America (TAISSA), Friends of Children of Viet Nam (FCVN), Friends For All Children (FFAC), Pearl S. Buck Foundation (PBF), World Vision Relief Organization (WVRO), Catholic Relief Services (CRS)

De 1970 à 1974, elles font venir aux États-Unis 1400 enfants nés au Viêtnam16

C’est par elles que les associations françaises sont obligées de passer. Ainsi, après avoir quitté Terre des Hommes, Minnie Galozzi crée en 1970 l’association Les Amis des Enfants du Viêtnam et travaille en lien avec FCVN puis FFAC.

Les deux associations américaine et française s’occupent surtout de récupérer et de placer des enfants «métis blancs» et «métis noirs» de mères vietnamiennes et de pères soldats américains17

Face à l’avancée inexorable des armées venues du Nord-Viêtnam, en mars 1975, les ONG pressent l’administration américaine d’aider à l’évacuation des enfants vietnamiens pris en charge par leurs organisations

 UNE OPÉRATION AMERICANO-AMÉRICAINE QUI COMMENCE PAR UNE CATASTROPHE

 En mars 1975, le Quai d’Orsay signale à l’ambassade à Saigon qu’après réflexion il a décidé d’accorder «des visas d’entrée en France à un certain nombre d’enfants vietnamiens adoptés par des familles françaises et qui se trouvent actuellement dans des orphelinats du centre Viêtnam, Da-Nang et Qui Nhon notamment»18

Mais c’est trop tard, le 2 avril Da-Nang tombe. Alors que les États-Unis et le Canada ont obtenu des documents permettant de faire partir des enfants, les difficultés semblent plus grandes pour la France.

Le 3 avril, le Président américain Gerald Ford déclenche Operation Babylift dont l’objectif est d’évacuer les enfants métis nés de pères GI et les orphelins de guerre qui sont en cours d’adoption par des familles américaines.

Deux millions de dollars sont alloués pour faire venir «le plus vite possible» aux États-Unis 2000 enfants vietnamiens

Ford donne l’ordre aux représentants américains à Saigon de tout faire pour faciliter l’opération, c’est-à-dire de ne pas être trop regardant sur les formalités, et à l’armée de l’air américaine d’organiser les premiers vols immédiatement19

Aussitôt, les œuvres d’adoption françaises qui travaillent au Viêtnam demandent à pouvoir faire partir «leurs» enfants vers les États-Unis, les autorités françaises pourraient ensuite accorder des visas d’entrée en France. Ne pouvant plus compter sur des autorités de Saigon complètement débordées, l’ambassadeur français donne le feu vert 20

Dès le 4 avril, 52 enfants de l’hospice tenu par des sœurs de Saint-Paul de Chartres sont embarqués grâce à Friends for All Children dans un avion Galaxy C-5 de l’US Air Force. Juste après avoir décollé, l’appareil connaît une avarie qui le contraint à faire demi-tour. Il s’écrase non loin de l’aéroport de Saigon 21

On dénombre plus de 150 morts, en très grande majorité des enfants, sur les 310 à 330 personnes embarquées, mais les chiffres sont très incertains...

Sous la pression des familles qui attendent l’arrivée des enfants et craignent d’apprendre qu’ils sont au nombre des victimes du Galaxy, les autorités françaises cherchent à savoir combien d’enfants ont un dossier d’adoption bouclé et sont donc susceptibles de partir du Viêtnam. Mais toute estimation est impossible, des enfants étant dispersés en province et les dossiers difficiles à saisir. Le 10 avril, le représentant français est seulement en mesure de faire un état des départs.

Des enfants rescapés de l’accident du Galaxy sont convoyés par les deux premiers vols dans le cadre du Babylift

Le Président Ford et son épouse viennent les accueillir à San Francisco et encourager les personnels impliqués: pilotes, infirmières, humanitaires de Friends for All Children, etc.23

 La plupart des enfants n’ont pas de visa de sortie vietnamien ni, par conséquent, de visa d’entrée en France. Leurs dossiers ont évidemment disparu dans l’accident de l’avion. Ces deux départs se sont organisés à l’insu de l’ambassade de France.

Les enfants des deux convois suivants sont tous munis de laissez-passer collectifs ou individuels. Pour tous ces enfants, les familles adoptives françaises sont connues24

Malgré la précipitation et le désordre, l’ambassadeur de France prend le temps de développer une réflexion sur l’adoption des enfants vietnamiens. Il pointe les objections qui s’expriment fortement face à l’opération Babylift que la radio de Hanoi qualifie de «trafic d’enfants». L’accident du Galaxy renforce le sentiment de malaise des autorités de Saigon qui ne peuvent que consentir au Babylift face aux pressions américaines. «Ce douloureux problème a une dimension politique que je me dois dans les présentes circonstances de relever», conclut le diplomate25

.En effet, il s’agit de ménager l’avenir et de ne pas ruiner les efforts développés par la France pour apparaître auprès de Hanoi comme un interlocuteur occidental important et utile26

La manière dont l’évacuation est organisée, avec des appareils de l’armée américaine, d’autres affrétés par les ONG, d’autres encore des compagnies aériennes effectuant des vols réguliers sur Saigon, pose la question des relations entre l’humanitaire, le politique et militaire, les États et les ONG27

Elle n’est pas sans rappeler l’évacuation d’enfants victimes de la famine pendant la guerre du Biafra, mais celle-ci, à destination du Gabon et de la Côte d’Ivoire, était provisoire 28

L’absence de données fiables sur les embarquements est une autre caractéristique de l’opération. Il n’y a pas de listes précises, ni aucune certitude sur le nombre d’enfants embarqués. Afin de sauver leurs enfants, des familles vietnamiennes tentent par tous les moyens de les mettre elles-mêmes dans des avions. Jeanne Lê Tân qui a réussi à faire évacuer tous «ses» orphelins raconte comment Dolly, responsable d’un orphelinat et très engagée dans le Babylift, d’origine allemande et marié à un Vietnamien, rasa la tête de son fils comme cela se faisait dans certains orphelinats pour qu’il puisse embarquer avec elle dans le Galaxy... où ils périrent tous les deux 29

Une petite Vietnamienne de douze ans confie un an après son arrivée en France qu’elle est en fait la fille d’un responsable de la police de Saigon qui l’a fait partir pour la sauver en lui interdisant de révéler la vérité...30

Afin de rétablir un contrôle, le gouvernement vietnamien exige à partir du 7 avril que tous les enfants quittant le Viêtnam soient munis d’un visa de sortie, mais c’est impossible à imposer dans les faits 31

ENJEUX AUTOUR DES ENFANTS DESTINÉS Á LA FRANCE

Dès le 7 avril, une note américaine indique qu’un problème financier se posait au départ du Viêtnam des enfants destinés à la France. Friends for All Children demande aux organisations françaises la somme de 750 dollars par enfant évacué (ils seraient 120 selon la note)

Alerté par les associations qui rechignent à payer, le consulat français intervient pour que cette question soit réglée plus tard, après le départ des enfants. Nous ne savons pas si elle l’a finalement été32

Mais peut-être est-ce la raison de l’arrivée à Saigon de Marguerite de Gunzbourg (née de Gramont, 1920-1998), officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1939-1945 et Médaillée de la Croix-Rouge, dans le but de «faire accélérer les dossiers français»33

C’est sans doute ses engagements antérieurs qui donnent à cette «grande dame» une influence certaine dans divers ministères et à l’étranger. Pour les enfants destinés à des familles françaises, le voyage de Saigon vers la côte ouest des États-Unis ne constitue que la première étape d’un long périple. Á leur arrivée, ils sont répartis dans des établissements d’accueil dépendant de l’armée américaine ou dans des hôpitaux. Certains se retrouvent dans le Colorado, d’autres à Milwaukee... Avant de les acheminer en France, il faut les regrouper, les identifier, vérifier à quelle famille ils sont destinés, établir des papiers, etc. Le tout dans les meilleurs délais ce qui n’est pas évident compte tenu des conditions.

Concernant les autorisations d’entrée en France, il y a une grande différence entre ce que le Quai d’Orsay écrit: «vous ne viserez que les seuls titulaires d’un passeport vietnamien sur lequel a été apposé un visa français»; et ce qu’il indique par téléphone aux représentants français aux États-Unis: «il a été convenu que par souci humanitaire, nous fermions les yeux sur les visas accordés à tous [les enfants] vu l’urgence. Mais de ne pas l’écrire»34

Un fonctionnaire l’a pourtant fait en griffonnant l’information sur un bout de papier, ce qui permet à l’historien de saisir une réalité qui n’était pas destinée à l’être. Paris craint que si la régularisation est trop aisée, les œuvres en profitent pour envoyer en France via les États-Unis tous les enfants des orphelinats vietnamiens. Ce qui témoigne d’une méconnaissance de Paris sur l’opération américaine.

Des responsables d’œuvres d’adoption se rendent aux États-Unis pour récupérer les enfants à placer en France. Dès le 8 avril, Mesdames Lecoanet et Galozzi des Amis des Enfants du Viêtnam sont à San Francisco. Dès l’annonce de la catastrophe du Galaxy et de la mort de son amie Dolly, Minnie Galozzi avait voulu rejoindre la Californie, mais le Quai d’Orsay le lui avait dans un premier temps interdit: les relations avec Hanoi risqueraient de pâtir d’une contribution française trop voyante à l’opération américaine. Arrivée à San Francisco, le consulat de France lui indique que désormais les autorités françaises acceptent son aide, sans qu’elle sache expliquer ce revirement 35

 Á partir de listes laborieusement établies et parfois erronées, le 11 avril, treize premiers enfants partent pour Paris où les attendent des bénévoles du Rayon de Soleil, des Amis des Enfants du Viêtnam et de l’Œuvre de l’adoption de Marseille. Douze autres enfants,

récupérés à Denver, partent de New York pour Paris le 16 avril, puis six le 18, cinq le 20 et douze le 21. Á San Francisco, le 17 avril, on retrouve huit enfants adoptés par des familles françaises à titre individuel, sans l’intermédiaire d’œuvres. Un enfant est opéré à cœur ouvert, d’autres doivent être hospitalisés avant de pouvoir s’envoler pour la France36

La même confusion règne dans les aéroports parisiens. Arrivent concomitamment des enfants venant des États-Unis et d’autres qui arrivent directement de Saigon, capitale de plus en plus étouffée par les armées nord-vietnamiennes. Ainsi, le 21 avril, douze enfants en provenance de New York et dix-sept en provenance de Saigon débarquent à Roissy le même jour37

Terre des Hommes-France, qui a refusé de participer à l’opération Babylift, accepte néanmoins de prêter son concours à l’accueil de ces enfants en jouant un rôle d’experts et de vérificateurs à la demande des autorités françaises38

Dans les derniers jours qui précédent la chute de Saigon (30 avril), de nouveaux départs ont lieu dans un contexte de panique générale. Le 28 avril arrive à San Francisco une vingtaine d’enfants destinés à des Français, beaucoup d’autres sont attendus dans les heures qui suivent39

L’emprise communiste sur tout le Viêtnam entraîne la fermeture hermétique du pays. Présente depuis plusieurs années au Viêtnam aussi bien au Nord qu’au Sud, Terre des Hommes-France fut l’une des rares organisations occidentales à pouvoir continuer à travailler pendant six mois après la chute de Saigon, et ce parce qu’elle avait refusé de participer et même de cautionner le Babylift40

 CRITIQUES ET CONTROVERSES

 L’opération ne fait l’unanimité loin s’en faut et en premier lieu aux États-Unis. Dès le 4 avril, des professeurs d’éthique et de religion des plus grandes universités américaines (Berkeley, Stanford...) signent une tribune dénonçant l’initiative de Ford ,visant à donner bonne conscience aux Américains,et le caractère immoral de l’évacuation des enfants.

D’autres critiques portent sur les difficultés d’intégration des enfants amérasiens dans un pays et une civilisation inconnus pour eux et la légitimité de les priver de leurs racines, de leur culture41

 Les opposants à la guerre du Viêtnam, toujours plus nombreux,dénoncent le Babylift comme une ultime manifestation de l’impérialisme américain au mépris des vies humaines concernées, un «kidnapping massif».

Le 29 Avril 1975, un recours collectif est déposé par Muoi cConnell, une ancienne infirmière vietnamienne, devant la Cour fédérale de district à San Francisco,visant à interdire les procédures d'adoption jusqu’à ce que l’adoptabilité des enfants (consentement des parents biologique ou preuve de la mort des parents)soit rigoureusement établie. En effet certains enfants déclarent ne pas être orphelins et vouloir rentrer dans leurs familles. Les vérifications ont alors été renforcées42

Les choix qui ont été faits dans l’urgence sont sujets à controverse: pourquoi avoir choisi d’évacuer tel enfant plutôt que tel autre? Pourquoi penser a priori que les Vietnamiens fussent-ils communistes ne prendraient pas soin de ces enfants? D’autres ont critiqué au contraire l’insuffisance de l’opération: des enfants amérasiens n’ont pas été emmenés aux Etats-Unis. Et puis des Américains sont opposés à l’adoption interraciale...43

Tous ces débats ne sont pas sans rappelés ceux qui,en France comme dans les pays de la péninsule indochinoise, ont accompagné la politique de «rapatriement» des enfants eurasiens d’Indochine dans les années qui ont suivi la défaite de 1954

Déjà, les questions des critères de choix, du déracinement, du consentement des familles et des autorités locales étaient posées44

En France, la couverture de l’événement est moindre. Une fois passée l’intensité de l’action, Le Monde avance que la trentaine de vols de l’opération Babylift a permis à plus de 2000 enfants de rejoindre les États-Unis et 200 la France, d’autres l’Australie, le Canada, quelques-uns en Suisse, Belgique, etc.45

Selon Minnie Galozzi, ce sont 120 enfants vietnamiens qui arrivent en France pendant cette période pour être adoptés. Pour Le Monde, «rarement sans doute, ne fut aussi crûment mise à nue l’ambiguïté des accès de générosité collective»; «le sort de centaines d’enfants s’est trouvé fixé en quelques heures par des bonnes volontés parfois plus soucieuses des mauvaises consciences occidentales que du sort des enfants orphelins». Et encore, parmi les enfants, combien d’entre eux avaient encore leurs parents, de la famille? Et comment le savoir? Dans Le Monde Diplomatique, T.D. Allman du St Anthony College à Oxford écrit: «Des avions américains qui décollent de Saigon chargés d’enfants, après y avoir débarqué leurs cargaisons de munitions. La guerre qui se perpétue, tandis que des déplacements massifs de population encouragés par la politique de Washington accumulent les complications politiques et humaines pour des années»46

Afin de couper court aux polémiques et d’effacer toute traces de l’opération, le Quai d’Orsay avait demandé à Minnie Galozzi de détruire les papiers relatifs aux enfants 47

 LES DIFFERENTES MÉMOIRES DU BABYLIFT

Des adoptions d’enfants vietnamiens réalisées dans le but de les soustraire à la guerre, il ne reste guère de traces en France alors qu’une histoire et une mémoire de l’opération Babylift sont entretenues aux États-Unis. Plusieurs éléments peuvent être avancés pour expliquer ces positions très différentes et en premier lieu le fait évident que Babylift est une opération américaine, non française. Ensuite, dès le lendemain de la guerre, l’État français a pris soin de ne pas froisser les nouvelles autorités du Viêtnam communiste, précaution qui n’était évidemment pas de mise côté américain. Quant aux associations qui ont participé à l’opération américaine Babylift , compte tenu de la position très en retrait de l’État français et des positions critiques exprimées dans la presse, la discrétion était de mise et conseillée aux familles ayant obtenu un enfant dans ces conditions très particulières. Et puis la philosophie de l’action en direction du Tiers-monde a évolué. Terre des Hommes-France, la principale association française qui a fait adopter entre 220 et 250 enfants vietnamiens pendant la guerre, abandonne l’accueil à vie comme moyen de venir en aide à l’enfance miséreuse. Après des débats internes en 1978 l’association renonce définitivement à l’adoption internationale et recentre toute ses actions sur des formes d’aide au Tiers -monde sur place48

On comprend donc que la mémoire du Babylift n’ai pas été entretenue mais au contraire refoulée. Par ailleurs, bien peu d’auteurs français ont écrit sur le Babylift et ceux qui l’évoquent parlent de l’opération américaine, pas les enfants adoptés en France49

Aux États-Unis le Babylift a été largement couvert par tous les médias américains, parfois comme un véritable fait de guerre ou comme un moyen de réhabiliter l’action américaine, compensant les images désastreuses de la chute de Saigon50

Ce sont d’abord les familles adoptantes concernées en quelque sorte «bénéficiaires» de l’opération qui ont développé et entretenu la mémoire du Babylift51

Une association les réunit régulièrement pour commémorer la geste des volontaires et des pilotes américains présentés comme des héros. Lana Noone, mère adoptive de deux enfants vietnamiens, dont une petite fille arrivée très malade et décédée un mois après son arrivée aux États-Unis, est très active pour perpétrer la mémoire du Babylift52

D’autres parents adoptifs ont écrit leurs souvenirs et justifié l’adoption humanitaire d’enfants en danger de mort53

De nombreux volontaires de l’opération ont écrit leur témoignage54

Sur les bases aériennes de la côte Ouest et dans les hôpitaux qui ont accueilli les enfants, de nombreuses plaques et stèles commémoratives ont été apposées et sont régulièrement fleuries par les familles; notamment au Continental Care Center de Denver où furent accueillis plus de 600 enfants.

 Les 25eet 30eanniversaires de la chute de Saigon ont été propices à la mise en perspective du Babylift par les militants qui y participèrent et le considèrent comme une date importante de l’histoire de l’humanitaire. Dans les années 2000, les adoptés devenus adultes se sont penchés sur cette histoire qui est la leur. Les enfants restés au Viêtnam aussi. Kien Nguyen, né d’une mère Vietnamienne, banquière et d’un père Américain, ingénieur civil,raconte comment, en tant qu’enfant métisse, il a été considéré  comme un reste indésirable du passé capitaliste après la chute de Saigon55

En juin 2005, alors que pour la première fois le Premier ministre Vietnamien était en visite aux États-Unis, des personnes adoptées, leurs familles et des volontaires du Babylift se sont rendus à Ho Chi Minh-ville56

En 2007, quelques mois après sa mort, ils ont honoré la mémoire de Gerald Ford pour sa décision pleine d’humanité de déclencher l’opération Babylift .En juillet 2013, pour le centième anniversaire de sa naissance, Lana Noone a salué son courage et sa compassion et a exprimé la gratitude de «toute la communauté du Babylift»57

Plusieurs sites Internet et blogs sont consacrés à l’adoption des enfants vietnamiens pendant la guerre et au Babylift

Des journalistes et essayistes s’y sont intéressés 58, des chansons ont été écrites et des films documentaires de cinéma et de télévision ont été tournés.

Operation Babylift : the LostChildren of Viêtnam réalisé en 2009 par Tammy Nguyen Lee, elle-même née à Saigon et réfugiée aux États-Unis, a obtenu de nombreuses récompenses internationales. Le film valorise les volontaires et les militants de l’opération et montre les effets de cette histoire singulière sur les personnes adoptées59

En 2008, un épisode de la série américaine Mayday qui relate les catastrophes aériennes a été consacré au crash du C5 Galaxy60

Non loin d’Ho Chi Minh-Ville et de l’aéroport, dans la campagne vietnamienne à l’endroit où l’avion s’est écrasé, un autel dédié aux âmes errantes rappelle la mémoire des victimes.

 Conclusion

 Babylift a été l’une des premières opérations militaro-humanitaires impliquant des politiques, des diplomates, des militaires, des médias et des humanitaires; des Etats et des ONG.

Faire son histoire, c’est donc croiser différents champs de la recherche historique du temps présent et éclairer un épisode de la construction d’un espace transnational de la cause des enfants dans lequel interagissent tous les acteurs. L’opération Babylift illustre parfaitement la place importante de l’enfance sur la scène internationale de la Guerre froide, les enjeux biopolitiques qu’elle implique et le vecteur médiatique puissant qu’elle est devenue.

Interroger la mémoire que l’opération a généré de part et d’autre de l’Atlantique, c’est en prolonger l’étude jusque dans ses réalités aujourd’hui. Aux États-Unis, elle est considérée par certains comme une bataille humanitaire gagnée dans la guerre du Viêtnam perdue sur les plans militaire et politique, peut-être un des rares épisodes du conflit et de l’engagement américain à valoriser.

D’autres y voient la pire manière possible que les Américains avaient de finir la guerre du Viêtnam: une caricature grossière de leur impérialisme, s’imposant à des enfants innocents. Opération américano-américaine, le Babylifta néanmoins amené en France des enfants, qui ont été adoptés et sont aujourd’hui des adultes d’une quarantaine d’années qui peuvent difficilement accéder à leur histoire. Aux États-Unis, la «communauté Babylift» prépare déjà le 40eanniversaire de l’opération.

Yves Denéchère Professeur d’histoire contemporaine Université d’Angers

UMR CERHIO

yves.denechere@univ-angers.fr

1Sur le déroulement de la guerre, voir: Peter Lowe (ed.) The VietnamWar, New York, St. Martin’spress, 1998; A. J. Langguth,Our Vietnam : The War, 1954-1975, New York, Simon & Schuster, 2000 (l’auteur a été

correspondant à Saigon pour New York Times) ; Jacques Portes, Les États-Unis et la guerre du Viêtnam, Bruxelles, Complexe, 2008.

2 Philippe. Ryfman, La question humanitaire. Histoire, problématiques, acteurs et enjeux de l’aide humanitaire internationale, Paris, Ellipses, 1999, chapitre 5.

3Yves Denéchère, Des enfants venus de loin. Histoire de l’adoption internationale en France, Paris, Armand Colin, 2011.

4 Edmond. Kaiser, La marche aux enfants, Lausanne, Éditions Pierre-Marcel Favre, 1979, p.209-222. Voir également: Christophe Gallaz, Entretiens avec Edmond Kaiser, Lausanne, Favre, 1998.

5 Archives de TDH F (remerciements à Mmes André et Babinault, présidentes de l’association); «Historique de Terre des Hommes»; «10 ans en France»; comptes-rendus du conseil d’administration.

6 Archives du ministère des Affaires étrangères (désormais AMAE), fonds Conventions administratives et Affaires consulaires (CAAC), AC 1 n°6, dépêche du consul général de France à Saigon au ministre des Affaires étrangères (MAE), 27 mars 1969.

7Témoignage de Mme Minnie Galozzi, militant à TDH-F puis responsable de l’association Amis des enfants du Viêtnam, recueilli par l’auteur, janvier 2010.

8Bernard Clavel, Le massacre des innocents,Paris, Robert Laffont, 1970.

9Jeanne LêTân, Une forêt de Bambous, Publibooks, 2008, p.39.

10AMAE CAAC, AC 1 n°6, dépêche du consul général de France à Saigon au MAE, 27 mars 1969, signalant que des enfants partent sans visa.

11AMAE CAAC, AC 1 n°6, dépêche du consul général de France à Saigon au MAE, 14 mars 1970.

12Jeanne LêTân, Op. cit., p.39-50.

13Centre des Archives Diplomatiques de Nantes (CADN), fonds Port-au-Prince, série C, n°51, TDH-F, «Accueil à vie. Bilan de l’année 1973».

14AMAE CAAC, AC 1 n°6, note du MAE sur l’adoption d’enfants vietnamiens par des familles françaises, s.d.

15Le Figaro, «Les longues formalités de l’adoption», 8 avril 1975.

16Agency for International Development, Operation Babylift Report (Emergency Movement of Vietnamese and Cambodian Orphans for Intercountry Adoption, April 1975), Washington, DC, juin 1975.

17Témoignage de Mme Minnie Galozzi. Friends for All Children est une émanation de Friends of Children of Viêtnam (FCVN) créée en 1974 par Rosemary Taylor, une Australienne responsable d’une œuvre d’adoption auViêtnam.Voir Rosemary Taylor, Orphans of War: Work with the Abandoned Children of Vietnam, 1967-1975, Collins, 1988

18AMAE Archives de la Mission pour l’Adoption Internationale (MAI), n°16, télégramme du MAE à Saigon, 27 mars 1975.

19Gerald R. Ford Presidential Library (désormais GFPL), Ann Arbor (Michigan),

Fonds numérisés concernant l’Opération Babylift consultables sur

http://www.fordlibrarymuseum.gov/library/exhibits/babylift/babylift.asp. Conférence de presse du 3 avril 1975 à San Diego ;President For d’s memoir :A Time to Heal: The Autobiography of Gerald R. Ford, New York, Harper & Row, 1979, p. 252.

20AMAE MAI, n°16, télégrammes de Saigon et du MAE, 2 et 4 avril 1975.

 21Phillip R Wise, Fragile Delivery. Operation Babylift C-5A Galaxy Crash, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2012. L’auteur est un survivant du crash;AMAE MAI, n°16, correspondance du 5 avril 1975.

22AMAE MAI, n° 16, correspondance des 6, 9 et 10 avril 1975

23GFPL, accueil du premier avion de Babylift à San Francisco par le Président Ford, 5 avril, 1975, photographies.

24AMAE MAI, n° 16, correspondance des 6, 9 et 10 avril 1975.

25AMAE MAI, n°16, télégrammes de Saigon du 6 avril 1975.

26Philippe Journoud, « Diplomatie informelle et réseaux transnationaux. Une contribution française à la fin de la guerre du Viêtnam », Relations internationales, 2/2009, n° 138, pp.93-109.

27Á propos du débat sur les liens entre humanitaire et militaire, voir: Bernard Kouchner, Les guerriers de la paix, Paris, Grasset, 2004; Rony Brauman, Humanitaire: le dilemme, Paris, Textuel, 2007;Michael Barnett, Empire of Humanity. A History of Humanitarianism, Cornell University Press, 2011.

28«Une trentaine de médecins, pilotes et journalistes dénoncent “le génocide au Biafra” », Le Monde, 12 février 1969; Michael Gould, The Struggle for Modern Nigeria. The Biafran War 1967-1970,Londres, I.B.Tauris, 2012.

29JeanneLêTân, Op. cit., p.48-50.

30Témoignage de Mme Denise Colin, responsable du secteur «Accueil à vie» de TDH-F, recueilli par l’auteur, février 2010.

31Le Figaro, « Évacuation des orphelins interrompue»,8 avril 1975.

32GFPL, notes du 7 avril 1975 destinés au conseiller spécial du Président, concernant les problèmes relatifs aux enfants destinés à des pays étrangers.

33AMAE MAI, n°16, télégramme de San Francisco, 9 avril 1975.

34AMAE MAI, n°16, télégramme du MAE du 9 avril; note téléphonique du

11 avril 1975.

35Témoignage de Mme Minnie Galozzi ; MAI, n°16, télégramme de San Francisco du 9 avril 1975.

36AMAE MAI, n°16, télégrammes de San Francisco des 16 et 21 avril et de New York du 19 avril 1975.

37AMAE MAI, n° 16, télégrammes de Saigon du 21 avril et de New York du 19 avril 1975.

38Témoignage de Mme Denise Colin.

39AMAE MAI, n°16, télégramme de San Francisco, 29 avril 1975.

40TDH-F, conseil d’administration du 13 avril 1975.

41«Statement on the Immorality of Bringing South Vietnamese Orphans to the United States», 4 avril 1975, signé par six professeurs d’Université.

Consultable sur : http://pages.uoregon.edu/adoption/archive/SIBSVOUS.htm42Maryamm George, «Operation Babylift: Mass Kidnapping?»,Ann Arbor Sun, 1erjuillet 1976 ; Agency for International Development, Operation Babylift Report, op. cit.

43Charles DeBenedetti(assisting author Charles Chatfield), An American Ordeal: The Antiwar Movement of the Vietnam Era, Syracuse University Press, 1990, p.379-380;Sherley Peck-Barnes, The War Cradle : Vietnam’s children of War. Operation Babylift : The Untold Story,Vintage Pressworks, 2000.

44Yves Denéchère, « Les ′′rapatriements′′ d’enfants eurasiens en France à la fin de la guerre d’Indochine », Revue d’Histoire de l’Enfance «irrégulière», n°14, 2012, pp.123-139.

45Pour le Canada, voir :Tarah Brookfield, Cold War comforts: Canadian women, child safety, and global insecurity, 1945-1975, Waterloo (Ontario),Wilfrid Laurier University Press, 2012, chapter 7 : The Politics of Orphans: International Adoption and Operation Babylift, p. 210-226.

46Jean-Claude Guillebaud, «L’accueil des réfugiés en France. Les enfants du Babylift», Le Monde, 23 mai 1975; T. D. Allman«Banqueroute morale et bonne conscience américaines», Le Monde Diplomatique, mai 1975.

47Témoignage de Mme Minnie Galozzi.

48Yves Denéchère, «Nouvel acteur et nouveau phénomène internationaux: Terre des Hommes et l’adoption internationale (1960-1980)», in Relations Internationales, n°142, printemps 2010, p. 119-136.

49Olivier Todd, Cruel avril. 1975, la chute de Saigon, Paris, Robert Laffont, 1987 (réédité en 2005 sous le titre: Ce jour-là: 30 avril 1975. La chute de Saigon. Cruel avril),p.238-240.

50«Yes, there is something you can do for the Children of Vietnam», New York Times, 7 avril 1975.

51Kevin Minh Allen, «Operation Babylift : An Adoptee’s Perspective », Humanist

, mai-juin 2009.

52Lana Noone, Global Mom: Notes from a Pioneer Adoptive Family,Gateway Press, 2003.

53Babyliftvu par des adoptantes : Pamela Chatterton Purdy, Beyond the Babylift: A Story of an Adoption, Abingdon Press, 1987 ; Allison Martin, « The Legacy of Operation Babylift », Adoption Today, Volume 2, n°4, march 2000, sur :

http://www.adoptvietnam.org/adoption/babylift.htm  ; Andrea Warren,Escape from Saigon : How a Vietnam War Orphan Became an American Boy, Operation Babylift, Farrar, Straus and Giroux, 2004.

54Babylift vu par des volontaires : LeAnn Thieman, Carol Dey, This Must Be My Brother, Victor Books, 1995 ; Cherie Clark, After Sorrow Comes, Joy Lawrence & Thomas Publishing House, 2000

55Kien Nguyen, The Unwanted : A Memoir of Childhood, Back Bay Books, 2002.

56Après presque 30 ans de rupture, le premier vol commercial régulier entre les États-Unis et le Viêtnam a eu lieu le 10 décembre 2004.

57Voir http://www.vietnambabylift.org/

58Notamment :Dana Sachs, The Life We Were Given : Operation Babylift, International Adoption, and the Children of War in Vietnam,Beacon Press, 2011.

59Tammy Nguyen Lee, Operation Babylift : the Lost Children of Vietnam,

ATG Against The Grain Productions,2009, 72 min. Extraits, photographies, prix et beaucoupd’autres informations sur www.babylift.com. Le film présente notamment une vingtaine d’interviews de personnes adoptées aux États-Unis via le Babylift.

60Tim Wolochatiuk, Operation Babylift, SérieMaydayn°52, saison 7, 2008, 50 min.

  

Les bébés de l’opération Babylift ont grandi et reviennent au Vietnam

Landon Carnie faisait partie des bébés emmenés par le tout premier vol de l’opération Babylift qui se crasha le 4 avril 1975. Quarante ans plus tard, Landon revient et cherche ses racines.-AFP
 

Lors des derniers jours chaotiques de la guerre du Vietnam, 3 000 enfants vietnamiens ont été évacués du pays par les Américains. Quarante ans plus tard, beaucoup d’entre eux reviennent sur les terres de leur naissance à la recherche de leur famille et de leurs racines.

Après cette opération très controversée appelée «Babylift», les enfants ont été adoptés par des familles aux États-Unis, au Canada, en Australie ou en Suède.

La sortie du pays de Landon Carnie et sa sœur jumelle Lorie a viré au drame: le 4 avril 1975, les deux enfants étaient à bord du premier vol de Babylift qui s’est écrasé peu après le décollage, faisant 138 morts dont 78 enfants. Les jumeaux ont été retrouvés flottants dans une rizière au milieu des débris fumants de l’avion.

«C’est un riziculteur qui nous a trouvés ma sœur et moi, ensemble dans la même boîte à chaussures», raconte-t-il à l’AFP de retour sur les lieux du drame.

Les jumeaux ont finalement quitté le Vietnam sur un autre vol comme des milliers d’autres enfants Babylift, préalablement recueillis dans des orphelinats ou des hôpitaux du Sud-Vietnam. Ils ont fait partie de l’exode qui a touché le pays à la fin de la guerre.

L’opération Babylift a été fortement critiquée, beaucoup affirmant que tous les enfants n’étaient pas orphelins et que certains avaient simplement été séparés de leurs familles ou abandonnés dans une tentative désespérée des parents pour les faire sortir du pays ravagé par la guerre.

Adoptés par des Mormons

Quand la chute de Saïgon s’est révélée inéluctable, les États-Unis ont évacué tous les personnels civils et militaires restants. Des centaines de milliers de Vietnamiens, associés au régime du Sud-Vietnam, ont également fui.

Landon Carnie et sa sœur ont été adoptés par une famille mormone et ont grandi dans l’État rural de Washington.

Quand Landon a décidé de revenir au Vietnam il y a 15 ans, la première chose qui l’a frappé est sa ressemblance physique avec les gens dans la rue. «Je ne sortais pas du lot, je n’étais pas regardé ou pointé du doigt. Je ne dis pas que cela arrive souvent aux États-Unis, mais je viens d’un coin rural et je savais que j’étais différent», explique-t-il.

À Hô Chi Minh-Ville – le nom donné à Saïgon en l’honneur du président fondateur du Vietnam -, «personne ne faisait attention à moi et j’ai vraiment aimé ça», raconte ce professeur d’université qui a choisi depuis dix ans de rester vivre au Vietnam.

Il a appris que sa mère était morte en couches. Mais il ne sait rien de plus de ses origines puisque tous les papiers ont été détruits dans l’accident d’avion. Et n’a pas tenté de rechercher sa famille d’origine, affirmant être en paix avec son passé.

«Je suis à l’aise avec mon identité. Je n’ai pas besoin de poursuivre autre chose», confie ce quadragénaire.

Mais beaucoup d’enfants de Babylift, aujourd’hui adultes, restent hantés par le mystère de leur histoire.

‘Il y a des choses que j’ai besoin de savoir’

La quête de Chantal Doeckë, élevée en Australie par des parents adoptifs, a commencé après la naissance de ses propres enfants.

Début avril, de retour à l’hôpital de Ho Chi Minh-Ville où elle est née, elle a de nouveau essayé d’en savoir plus sur sa mère, qui l’a abandonnée peu après l’accouchement. En vain. Le peu de documentation disponible ne lui a pas permis d’en découvrir davantage.

«Je veux juste trouver un membre de ma famille», articule-t-elle avec difficulté en refoulant ses larmes. «Il y a des choses que j’ai besoin de savoir.»

Ses recherches lui ont toutefois déjà permis de trouver une autre sorte de famille: d’autres enfants Babylift adoptés. Des rencontres faites grâce à Facebook puis lors d’une réunion au Vietnam en avril pour le 40e anniversaire de la chute de Saïgon.

«Je suis ami avec tant d’adoptés, partout dans le monde, c’est fantastique», raconte-t-elle. «J’aime tous ceux que j’ai pu rencontrer… nous nous appelons frère et sœur entre nous.»

Elle confie se sentir particulièrement à l’aise au Vietnam. «L’Australie, c’est là où je vis, mais ici c’est chez moi… beaucoup d’adoptés disent la même chose.»

Pendant trois décennies – de la déclaration d’indépendance de Ho Chi Minh en 1945 à la réunification en 1975 – le Vietnam a été en proie aux conflits et aux bouleversements.

Il y a un nombre «innombrable» de personnes disparues au Vietnam, explique Nguyen Pham Thu Uyen, qui anime une émission télévisée à succès appelée «Comme s’il n’y avait pas de séparation», dont le but est de réunir des familles séparées par la guerre.

«Quasiment toutes les familles dans ce pays ont subi une sorte de séparation, avec au moins une personne disparue», explique Uyen.

En huit ans d’existence, l’émission a reçu 70 000 demandes de renseignements: GI’s américains à la recherche d’anciennes petites amies, familles vietnamiennes en quête d’un enfant enlevé pendant la guerre… Ce programme télévisé a aidé des milliers de personnes à retrouver leurs proches.

C’est le souhait le plus cher de Chantal Doeckë. «Je n’éprouve aucune rancune contre ma mère ou mon père. C’était la guerre, quels choix avaient-ils? Je souhaite juste trouver quelqu’un de ma famille».

 AFP 

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